13/03/2003

Giorgino, 2/2

 
"Chronique d'une mort annoncée"
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L'indéniable force de Giorgino tient au décor, à l'ambiance du film et à son casting.
Laurent B., taraudé par la volonté d'en 'foutre plein la vue' (pour le coup, j'en ai vraiment pris pour mon grade...!), a visiblement visé le film d'auteur, à grands renforts de scènes magistrales et symboliques.
L'accès du film est cependant assez difficile et il s'en dégage un je ne sais quoi de tout sauf drôle.
L'ensemble est pourtant plus que convaincant !

3 heures faites de très longs tableaux, composés chacun d'une accumulation de détails, d'idées graphiques ou dramatiques retenues soit pour leur potentiel répulsif, soit pour leur bizarrerie narrative.
Au village, peuplé uniquement de femmes grossières et cruelles qui attendent le retour de leurs hommes, succède l'asile d'aliénés où les patients sont enfermés dans des caves, et ainsi de suite...
Ce film, malgré l'échec cuisant qu'il a pu connaître, ne mérite à mon sens ni le désintérêt, ni le mépris.

Giorgino est un film cruel, désespéré, magique. Sentiments de fascination devant un film étrange, déroutant, dérangeant...
Une histoire empreinte de mystères, un cauchemar d'enfant où la folie et l'innocence se mélangent et s'incarnent en Catherine, une étrange femme-enfant.
Les loups, omniprésents, sans que le spectateur n'en aperçoive pourtant jamais un seul, sont une menace qui plâne, oppressante.
Paysages de neige et de tempête.
Une histoire d'amour tragique, fascinante et bouleversante entre deux êtres blessés, qui en unissant leurs vies signent la fatalité de leurs destins.
La mort en point final et logique du film: la puissance de son atmosphère désespérée ne laissait en effet pas de doute quant à l'issue de Giorgino...

Force est de constater que ce film, aussi techniquement abouti soit-il, est difficilement recevable par un public lambda: l'atmosphère, dès les premières minutes, est tellement pesante, qu'il devient difficile d'adhérer au scénario [nanog a -en tout et pour tout- tenu 22 minutes, c'est dire...].
Les femmes du village, laides et méchantes, sont caricaturées à l'extrême.
L'approche masochiste réservé au personnage de Catherine Degrâce peut même se révéler gênante...

Pourtant, de nombreuses scènes demeurent stupéfiantes de beauté !
Dans cette optique, la dernière scène restera pour moi un moment d'anthologie: elle est si forte émotionnellement qu'il est sincèrement difficile de retenir ses larmes...

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Giorgino sera enterré dès sa sortie, le 4 octobre 1994: une critique assassine, implacable et un public désespérément absent.
Un gouffre.
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Je dois probablement être trop décalée mais j'avoue avoir du mal à comprendre les raisons d'un échec aussi cuisant...
allô docteur, c'est grave ?!
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23:08 Écrit par mulbante | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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