08/07/2003

Comprend qui veut, comprend qui peut (1/2)


Il voulait toujours expliquer, mais personne n'écoutait.
Parfois, il dessinait.
Il aurait voulu graver dans la pierre ou même écrire dans le ciel.
Il aurait voulu se coucher dans l'herbe et contempler le ciel.
Il voulait seulement être lui-même et pouvoir exprimer ces choses en lui, qui avaient besoin d'être dites.
C'est alors qu'il fit ce dessin.
Il le gardait sous son oreiller, ne voulait pas qu'on le voie.
Il le regardait toutes les nuits et y pensait.
Quand il faisait noir et qu'il avait les yeux fermés, il pouvait le voir encore.
C'était tout lui, cela, et il l'aimait.
Quand il partait pour l'école, il le prenait avec lui.
Non pour le montrer à quelqu'un: simplement pour l'avoir près de lui, comme un ami.
C'était drôle, l'école.
Il était assis sur un banc carré de bois brun, comme tous les autres bancs carrés et bruns: il se disait qu'il l'aurait voulu rouge.
Et la salle de classe était carrée et brune, comme toutes les autres salles de classe: étroite, fermée et rigide.
Il détestait prendre le crayon et la craie, avec son bras rigide, les pieds à plat sur le sol, rigides, avec l'institutrice qui le surveillait sans arrêt.
Elle vint lui parler et lui dit de mettre une cravate, comme les autres.
Il dit alors qu'il n'aimait pas les cravates.
Elle répondit: "ça, ça n'a aucune importance !"
Après, on dessina.
Il dessina tout de couleur jaune: c'est ainsi qu'il ressentait le matin et c'était beau.
L'institutrice s'approcha et sourit:
"Qu'est-ce que c'est ?", dit-elle. "Pourquoi ne fais-tu pas un dessin comme celui de David ? Son dessin n'est-il pas joli ?"
Ensuite, sa mère lui acheta une cravate.
Et il dessina toujours des avions et des navires lance-missiles, comme tous les autres.
Et il jeta son vieux dessin.
Et lorsqu'il s'étendit et contempla le ciel, le ciel était grand et bleu.
Mais lui, il n'était plus nulle part.
A l'intérieur, il était carré et brun.
Ses mains étaient rigides,
Il était maintenant comme tout le monde.
Ces choses qui étaient en lui et avaient besoin d'être dites, elles n'en avaient plus besoin.
Il avait cessé de se battre: il était rigide.
Comme tout le reste.
 



14:16 Écrit par mulbante | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

??? Y avait pas un commentaire à moi ici hier ? J'ai du me gourrer alors...

Écrit par : Marcelin | 09/07/2003

Si, si... ... mais ton commentaire a disparu en même temps que mon dernier paragraphe car... était-il vraiment nécessaire ? J'ai tranché !
Sans rancune, Ami ?

Écrit par : mulbante | 09/07/2003

Pétition TOUS CONTRE L'AUTO-CENSURE
- Crevette
-...

Écrit par : Crevette | 09/07/2003

Pétition Crevette> Je signe avec mon foutre

Écrit par : Marcelin | 10/07/2003

Les commentaires sont fermés.