27/12/2003

Blues de rangement de tiroirs


En ce lendemain de Noël, j’ai le blues. Le blues d’avoir rangé tous mes tiroirs.

 

Il y a de cela quelques années, nous le trouvâmes, laissé à l’abandon, sur un trottoir. Attendris, nous le prîmes immédiatement sous notre aile. Ce soir, il trône sur le haut de l’armoire de la chambre, niché sur une valise vide: mon petit coffre renferme aujourd’hui ce que j’aime à appeler « mes petits trésors de vie ».

 

Hier matin, débordante d’énergie, j’ai entrepris un chantier d’envergure: le rangement de mon appart’ ou plutôt le rangement de ses tiroirs… C’est qu’il commence tellement à ne  plus y avoir d’ordre dans mon désordre que je ne réussis plus toujours à y retrouver mes petits ! Un rangement s’imposait donc, on est bien d’accord !

 

Règlement et classement de factures. Brusque envie de passer l’aspirateur dans le salon. Finalement, passage par la chambre, la salle de bains, bref: grand ménage de printemps improvisé. Ok, grand ménage d’hiver, si vous y tenez… Mon idée première me rattrape soudain et je me recentre dès lors sur mon but premier: ranger tous les tiroirs de l’appart’.

 

Consciencieuse, je m’applique: je fais du tri, je lis attentivement avant de jeter, je range, je classe. Je retombe alors sur des vestiges oubliés, des petits trésors d'une vie antérieure. Une vie antérieure qui me manque bien souvent, d'ailleurs...

 

Temps déraisonnable passé à re-découvrir quantité de petits riens, délicatement déposés au fond du petit coffre, au fur et à mesure des années. 

Chacun de ces petits riens me renvoie à une parcelle de vie passée: un mot d’amour que l’on avait anonymement déposé sur ma chaise, en terminale; une photo de mon bien aimé Manuel C.; un billet d’entrée pour la soirée ICAM 1994; un ticket de restau U. de 1992… Ainsi qu’une grande quantité de lettres, entre autres choses...

 

Je relis chacune de ces lettres, les yeux embués de larmes: la déclaration d’amour de Bruno B -- Je n’ai, by the way, jamais reçu plus belle déclaration d’amour !; la lettre d’excuses d’Olivier A.; celle d’Hakima G. à sa manouche; la déclaration d’amour de mon dentiste -- Que de déclarations d'amour ouahhh ;-)! Sans doute celui-là n’avait-il jamais vu plus belles molaires de toute sa vie...; la lettre de mon très cher Nicolas G. -- Ce même Nicolas que je n’ai pas revu depuis plus de 13 ans mais qui pourtant, régulièrement encore, vient habiter mes rêves… Je redécouvre également la lettre de Lilia H.

 

 

Ma très chère toi,

 

[…]

Ton écrit. Je le relis (une 5ème fois). Très rapidement, je dirais que tu as le talent de la « phrase-choc ». Des jolies phrases bien rythmées qui font sentir plus qu’elles ne disent. Mais c’est là le plus important. Dire est facile. Faire vibrer l’est beaucoup moins, n’est-ce pas ? Par contre, il est faux de dire que la pratique épistolaire ne fait qu’augmenter la distance. La réplique n’est pas toujours nécessaire. On ne peut en effet pas répondre à un hurlement. Quand les mots sont écrits parce qu’ils ne peuvent être dits, que veux-tu répondre ?

Le monologue est essentiel car il n’est jamais – justement – qu’un monologue. Il est plutôt même un dialogue avec soi et avec l’autre que l’on sait en soi. Je crois que c’est fondamentalement l’unique but de l’écriture: savoir l’autre en soi.

 

[…] En méthodologie, on a étudié un texte d’Aristote sur l’amitié. Ça rassure de se dire que la philosophie traite aussi de ce genre de sujets. J’y crois véritablement à l’amitié. […] Je sais que j’y crois parce que j’en ai besoin, mais….

 

            Parlons de mes coups de blues alors, puisqu’il semble que tu veuilles en savoir plus. En réalité, ce n’est pas très compliqué. C’est juste que j’ai peur de vivre. Tout est là. Du coup, les angoisses se cristallisent dans les objets les plus divers : les études, le boulot, le fric, l’avenir très concret, le manque. […] J’ai peur de ne jamais réussir à mes propres yeux, car je suis mon propre juge, le pire de tous. Jamais d’indulgence. C’est en ça que cela m’apporte de rencontrer des gens tels que vous. Parce que je me dis que si vous me supportez, c’est qu’il y a quelque chose au fond de moi à travailler.

Mes angoisses sont celles dont souffre tout être humain. Les angoisses face au temps, face à l’avenir, à toutes ces questions sans réponse. […]

 

            Voilà, je pense que je vais clore ici (pour) retrouver mes angoisses nocturnes […] En fait non, je voulais te parler de M: « Les contraires s’attirent », « Qui se ressemble, s’assemble » ? Je ne sais pas, tout cela sont des légitimations débiles et bien faibles. Je pense en effet qu’on peut construire une relation stable sur des différences importantes. Parce que, par définition, la construction d’une relation suppose une constante remise en question de soi. Que c’est même là la nécessité de cette relation. Du coup, les différences ne sont pas des obstacles, bien au contraire, elles deviennent des conditions nécessaires, mais non suffisantes – à une élaboration plus prononcée quant à sa propre connaissance. Ça ne t’aide pas beaucoup, je m’en excuse.

 

Bon je te quitte ma biche.

Biz biz (donc).

HL.

 

 

A la relecture de cette lettre, une sensation d’intense mélancolie m’a envahie. Cette sensation ne m’a d’ailleurs pas (encore) quittée: douloureux sentiment d’avoir failli quelque part.

 

Comment faire pour rattraper aujourd’hui tout ce temps perdu ? Ce temps que l’on a laissé filé, par inadvertance... D'ailleurs… est-ce souhaitable d’essayer de le rattraper ?? Je vais toutefois tout tenter et lancer quelques perches au destin. Mais… peut-on provoquer ce qui, peut-être, ne doit pas arriver car non prévu au programme de ma vie ??


12:14 Écrit par mulbante | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

les boîtes à souvenirs... Il y a des coins et des recoins où se sont logés quelques mots épars d'une vie passée... je garde tout, je n'ai jamais rien su jeter, des lettres, des brouillons de réponses, des songes et des pensées... J'ai entrepris, il y a quelques années, de faire un tri: l'émotion m'a gagné, je n'aurais su continuer... ainsi, j'ai préparé trois grandes caisses en cartons, j'ai rempli la première, de ce que je jugeais être ma première vie, celle qui s'acheva quand je quittai mes études secondaires. La seconde fût emplie de tout ces écrits divers qui nacquirent lors de mes études supérieures. Enfin, la troisième, devait rester ouverte, je devais y entasser au fur et à mesure du temps passant, les petites choses que j'allais accumuler au long de ma vie qui, me semblait-il, allait s'écouler dans le calme et le tranquille...
Puis, cette année 2003 se termine, je lis ton texte... et je me dis, que loin de moi cette idée futile, rien ne m'a jamais été promis, il était vain de croire au fleuve tranquille... Je sais aujourd'hui, que je devrai acquérir une nouvelle boîte, que je pourrai refermer un autre morceau de vie et qu'il me faut, plein d'évidences, ouvrir un autre chapitre, une autre boîte, une nouvelle malle à émotion... Je sais également, que naïvement, je penserai que ce sera le dernier écrin que je t'entamerai, mais cela, qui le sait?
merci pour ton texte... il a éveillé de plaisantes pensées...

Écrit par : jibi | 29/12/2003

pensées C'est ce que nous voulons tous: ne pas nous poser cette question terrifante: ET SI? Le présent n'est que le vestige du passé et les lettres sont autant de preuves de nos vies d'avant, de ce que nous étions et du chemin parcouru depuis...
Très joli texte

Écrit par : Fiddler's green | 03/01/2004

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